L’écriture “inclusive”

C’est quoi, écrire “inclusivement” ?

Il y a pas mal d’articles sur “l’écriture inclusive” sur le web, mais ils ne parlent pour la plupart que d’un seul point. Je vais aborder plusieurs points, et partager des extraits de mes petites recherches afin de pouvoir vous laisser vous faire votre avis…

Bien sûr j’donnerai le mien aussi, hein. Fallait pas venir ici sinon.

Avant de partager cet article, je me suis renseigné en lisant le “Manuel d’écriture inclusive”. Petit fichier PDF de 20 pages, il est disponible gratuitement sur le site de l’agence qui en est responsable : “Mots-Clés”.
Je vais vous en parler, ce n’est pas nécessaire de le parcourir par vous-même. Mais, pour ceux qui en ont tout de même une envie irrépressible, voici un lien vers le PDF.

En bref

L’écriture inclusive désigne l’ensemble des attentions graphiques et syntaxiques qui permettent d’assurer une égalité de représentations des deux sexes.

Concrètement, cela signifie notamment : renoncer au masculin générique (« des acteurs du développement durable »), à la primauté du masculin sur le  féminin dans les accords en genre (« des hommes et des femmes sont allés »),  ainsi qu’à un ensemble d’autres conventions largement intériorisées par chacun et chacune d’entre nous.

C’est beau, dit comme ça, tout simplement, non ? Alors, on s’y met, hein ? Qu’est-ce que ça implique de faire ?

En moins bref

On va voir dans un second temps cette histoire de masculin générique, pour plutôt commencer par discuter de la “primauté du masculin sur le féminin dans les accords en genre”.

Les accords

Les acteurs de l’écriture inclusive font généralement partie de ceux qui souhaitent un retour à la “règle de proximité”.

La règle de proximité (ou règle de voisinage) consiste à accorder le genre et éventuellement le nombre de l’adjectif avec le plus proche des noms qu’il qualifie, et le verbe avec le plus proche des chefs des groupes coordonnés formant son sujet. En vertu de cette règle, contrairement à l’usage actuel du français, le féminin et le singulier peuvent donc l’emporter sur le masculin et le pluriel. Elle se rencontre en grec ancien et en latin, de même qu’en ancien français. En français, elle ne sort complètement de l’usage qu’au XVIIIe siècle, où le masculin s’impose dans l’accord du genre ; elle fournit aujourd’hui la matière de propositions de réforme de l’accord de l’adjectif pour ceux qui y voient un outil de promotion de l’égalité entre femmes et hommes.

(Wiki.)

Dans l’idée, pourquoi pas, non ?
Concrètement, si cette règle redevenait d’actualité, ça voudrait dire que chacun pourra choisir d’accorder avec le mot qu’il désire, en choisissant l’ordre dans lequel il énumère :
“Des hommes et des femmes sont allées.”
“Des femmes et des hommes sont allés.”

Mais ça signifie aussi qu’on pourrait écrire “Un homme et une femme est allée”, ou bien “la porte et la fenêtre ouverte” quand on veut signifier que les deux sont ouvertes. Hm, hm, intéressant, et perturbant.
“la porte et la fenêtre ouverte” pourrait donc signifier deux choses différentes, soit seule la fenêtre est ouverte, soit les deux le sont.
Et il en serait de même pour “la porte et la fenêtre s’ouvre”.
Voilà donc pourquoi cette règle a été mise de côté. Il est logique de ne pas laisser de place au doute.

Oublions cette histoire de singulier qui l’emporte, admettons que l’on applique que partiellement la règle de proximité pour que le féminin puisse l’emporter…
On pourra facilement catégoriser les gens en jetant un œil à leur façon d’écrire. Il y aura une écriture “féministe” et une écriture “masculiniste”.

Au final, c’est ce qu’en dit l’Office québécois de la langue française qui me paraît le plus censé :

L’Office québécois de la langue française distingue l’« accord de proximité » au sens de cet article (accord qui n’est plus la « règle habituelle ») et une « règle de proximité » selon laquelle on doit préférer « l’étudiante et l’étudiant inscrits » à « l’étudiant et l’étudiante inscrits » : l’adjectif étant au masculin, le nom masculin doit être plus près. L’Office ne recommande pas l’usage du féminin grammatical comme outil de promotion dans ce contexte.

(Wiki.)

Selon l’Office, le masculin continue de l’emporter, mais il explique que l’on doit préférer rapprocher le terme masculin de l’adjectif.

Les masculins génériques

  • Accorder en genre les noms de fonctions, grades, métiers et titres
  • Ne plus employer les antonomases du nom commun « Femme » et « Homme »
  • User du féminin et du masculin, que ce soit par l’énumération par ordre alphabétique, l’usage d’un point milieu, ou le recours aux termes épicènes

Concernant le premier point, cela a déjà fait l’objet de débats.
Mais il y a quand même un truc qui me dérange, me démange. Je vais prendre un exemple : le terme “docteur” (en médecine). Le féminin “doctoresse” existe déjà, mais cette forme n’est pas utilisée ou très peu, en France. Malgré ça, les personnes qui veulent tout féminiser, créent le terme “docteure”, non reconnu par l’Académie française, au lieu de promouvoir celui qui existe. Et ce n’est pas un cas isolé. D’ailleurs, il y a plus de variantes de termes féminins que masculins. Auteur… Autrice, auteuse, autoresse, auteure, auteuresse. Que choisir ?
On dirait qu’ils le font exprès… Pourquoi ? Est-ce que les termes existants ne leur plaisent pas ?

Pour le deuxième point, j’avoue ne pas savoir si des débats ont déjà eu lieu. L’un des exemples qui est retenu dans le manuel est que “Les droits de l’Homme” devrait s’appeler “Les droits de l’Humain”, “Les droits de la personne humaine” ou quelque chose dans le genre ( mais sans genre, justement, hein ! ).
Ce point-là ne paraît pas aberrant, et aucun des deux ne me choquerait : que ça reste ainsi, ou bien que ce soit modifié.

Le troisième point mérite quelques explications, et le manuel s’y attarde un peu plus en le décomposant :

  • La mention par ordre alphabétique des termes au féminin et au masculin : elle et il, tous les Acadiens, toutes les Acadiennes, celles et ceux.
  • Le recours aux termes épicènes. Ce sont des termes dont la forme ne varie pas que l’on se réfère à un nom féminin ou masculin. Quelques exemples : artiste, cadre, membre.
  • L’utilisation du point milieu comme suit : racine du mot + suffixe masculin + point milieu + suffixe féminin. On ajoutera un point milieu supplémentaire suivi d’un « s », si l’on veut indiquer le pluriel. Quelques exemples : acteur·rice·s, ingénieur·e·s, ceux·elles, sénior·e·s.

WHAT THE F… ?!

Pardon, j’en perds mon français !
Bon, bien. Souffle. Inspire, expire.
Reprenons…

L’énumération

L’énumération par ordre alphabétique est quelque chose de tout à fait naturel, et que l’on fait déjà dans des formules telles que “Mesdames et messieurs”, ou encore le fameux “Françaises, Français” utilisés par nos brillants politiciens. Le “Manuel”n’apporte donc aucune nouveauté, si ce n’est de foutre mettre l’accent sur l’existence de cette possibilité, ouverte à tous, qui deviendrait plus ou moins une obligation. Si on ne le fait pas, eh bien, eh bien… c’est pas bien !

J’avoue que ce point là n’est pas choquant, il est même plutôt juste. Si on veut cesser “l’invisibilité des femmes”, on peut facilement faire l’effort d’énumérer les deux genres plutôt que d’utiliser un pluriel masculin/neutre. Ça fait déjà partie du français, il n’y a rien de perturbant. Je ne pense pas que ce soit compliqué à faire comprendre, mais ce sera à la volonté de chacun de l’utiliser ou non.

Les termes épicènes

Un mot épicène est un mot qui n’est pas marqué du point de vue du genre grammatical et peut être employé au masculin et au féminin sans variation de forme.
[…] En français, langue marquée par le genre, les mots épicènes sont minoritaires.

(Wiki.)

C’est bien joli de faire penser à utiliser des termes épicènes, mais encore faut-il que ce que l’on souhaite écrire puisse l’être avec des mots épicènes.

Là encore, il n’y a aucune nouveauté, ces mots existent déjà et ce n’est qu’une piqûre de rappel pour faire penser à les utiliser. Ça fait déjà partie du Français, il n’y a rien de perturbant (bis).

Tiens, et pourquoi on ne choisirait pas de dire que tous les noms de métiers sont épicènes ?…

Le point milieu “ · ”

Aïe. Eh oui, c’est surtout autour de ça que le débat fait rage. Et c’est généralement uniquement ce point-ci qui a été l’objet des articles que l’on peut trouver sur le net quand on recherche “écriture inclusive”.

Le point médian, ou point milieu, est un signe typographique semblable au point mais placé au-dessus de la ligne de base.

(Wiki.)

Là, c’est un peu plus perturbant. “Acteur·rice·s”. Ça scinde les mots avec un caractère typographique que l’on n’utilise pas dans le langage. Ça brise notre écriture, notre lecture, et la prononciation du mot est impossible dans l’état.
Comment est-ce que ce mot est censé se prononcer ? Hein, dîtes, comment ça s’écrit phonétiquement ? D’ailleurs, peut-on toujours l’appeler “mot” ?

Toujours est-il que c’est moche, en plus d’être contraire à une lecture agréable et naturelle. Mais l’écriture inclusive se défend des critiques qui disent que son point milieu est moche. J’en reviens à cette notion de “moche”, dont on a déjà parlé avec l’exemple de “doctoresse”.

Message à ceux qui veulent utiliser le point milieu mais écrivent “docteure”… Sérieusement, vous pensez que c’est moins moche de foutre ces points-là partout que d’écrire “doctoresse” ?!

Le langage

Je trouve que notre langue française est belle. Elle a une histoire et une personnalité qui ont été forgées au fil du temps. Même si elle est compliquée, par moments. La façon d’écrire et les règles du français rappellent qu’elle est chargée d’histoire.

C’est pour cette raison qu’il existe une institution qui est chargée de normaliser et perfectionner la langue française, en lui donnant des règles et en l’uniformisant pour la rendre pure et compréhensible par tous : l’Académie française.

L’avis de l’Académie française

DÉCLARATION de l’ACADÉMIE FRANÇAISE
sur l’ÉCRITURE dite « INCLUSIVE »

adoptée à l’unanimité de ses membres
dans la séance du jeudi 26 octobre 2017

Prenant acte de la diffusion d’une « écriture inclusive » qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde. La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.

Plus que toute autre institution, l’Académie française est sensible aux évolutions et aux innovations de la langue, puisqu’elle a pour mission de les codifier. En cette occasion, c’est moins en gardienne de la norme qu’en garante de l’avenir qu’elle lance un cri d’alarme : devant cette aberration « inclusive », la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures.

Il est déjà difficile d’acquérir une langue, qu’en sera-t-il si l’usage y ajoute des formes secondes et altérées ? Comment les générations à venir pourront-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit ? Quant aux promesses de la francophonie, elles seront anéanties si la langue française s’empêche elle-même par ce redoublement de complexité, au bénéfice d’autres langues qui en tireront profit pour prévaloir sur la planète.

Bah oui. Ça semble évident, n’est-ce pas ?
Je ne suis pas toujours d’accord avec l’Académie, et peut-être que j’en parlerai dans un futur article… mais là, y a vraiment pas à se poser de question.

Les genres, ne pas confondre avec les sexes

“En français, langue marquée par le genre […]”
Le genre, pas le sexe.

Alors, oui, il y a effectivement eu des choses qui ont été dites fût un temps et qui sont aussi idiotes que de dire que la Terre est plate. Je vais prendre en exemples deux citations qui ont justifié la primauté du masculin sur le féminin, à la vieille époque :
“lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte” (l’abbé Bouhours en 1675)
“le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle.” (le grammairien Beauzée en 1767)

Ce n’est pas une raison pour vouloir tout modifier aujourd’hui bien que l’idée de corriger cette erreur du passé est honorable. Il ne faut pas confondre sexe et genre  même s’il est facile de faire cet amalgame. Les “femelles” de toutes les espèces sont de genre “féminin” dans la langue française, enfin, il me semble. Mais tout de même…

Si on disait “un femme”, tous ces débats n’auraient plus lieu d’être. Quoi que, on trouverait certainement autre chose.
Si je dis “Une chaise et un fauteuil sont posés dans le salon”, est-ce que je suis sexiste parce que je n’écris pas à la mode inclusive “sont posé⋅e⋅s” ?
Et puis, “chaise” est un terme qui fait franchement moins rêver niveau confort, face à “fauteuil”. J’ai complètement rabaissé ce terme féminin, et bim !

Les accords ne sont pas remportés par le genre masculin sur le genre féminin pour rendre invisible les femmes, mais pour que la langue soit moins compliquée.

D’ailleurs, les accords ne sont pas “remportés par le masculin”, ils sont simplement “pas marqués” par le féminin, puisque :

En français, pour la grammaire traditionnelle, le masculin est non marqué, c’est le féminin qui l’est, souvent par un -e écrit en fin de mot.

(Wiki.)

Dans l’immense majorité des cas, le fait qu’un nom appartienne au genre féminin ou masculin n’a absolument rien à voir avec une référence au sexe.

Concrètement, qu’est-ce qu’on serait censé faire ? Est-ce que ça signifie que si on utilise un féminin qui fait référence au sexe, on doit écrire inclusivement, et que si ça n’est pas le cas, on n’en a pas besoin ?
Et si un ensemble est masculin mais contient des éléments féminins, que doit-on faire ? Le groupe “les meubles”, chez moi, contient des armoires, des chaises, des lits, un bureau… Doit-on énumérer pour permettre aux termes féminins d’avoir une visibilité ?
Et il en va de même pour les ensembles féminins. “Les chaussures” englobent ( pour ma conjointe ) des bottes, des bottines, des escarpins, des ballerines… Doit-on de nouveau tout énumérer pour que cette fois-ci le terme masculin ait de la visibilité ?

C’est compliqué, mais compliqué…

L’anglais, un exemple inclusif

L’anglais est presque exclusivement inclusif. Il n’y a quasiment aucune notion de sexe ou de discrimination dans ce langage : adjectifs invariables, noms épicènes, pronom personnels du pluriel neutres, …
Il y a même un pronom personnel pour quand on ne connait pas le sexe d’une personne, “they”.
Hé oui. On le prend souvent (voir toujours, nous, les français) pour un pronom du pluriel, mais il peut également être utilisé pour parler d’une seule personne, dont on ignore le sexe.

Malgré cette langue inclusive, il y a également chez eux des problèmes de sexisme. La discrimination n’est pas un problème français, c’est un problème planétaire qui n’est pas dépendant de la langue.

Dire ce qu’on veut, ou “l’influence”

L’agence Mots-Clés revendique son influence, et en parle à peu près sur toutes les pages de leur site internet. Voici un sondage qu’on peut voir, écrit en gros, quelque part sur l’une des pages.

SONDAGE ÉCRITURE INCLUSIVE
75% des Français et Françaises favorables à l’écriture inclusive ! 

En vrai, et comme toujours, on écrit ce qu’on veut en face des chiffres. Mais quand on fait attention, et qu’on prend la peine de lire en-dessous de ce titre vendeur, on voit que ce n’est pas exactement ça qui est sondé.

75% des sondé·e·s se déclarent favorables à la féminisation systématique des noms de métiers et à l’usage du masculin et du féminin plutôt que du masculin générique.

Ça change tout ! Là-dessus, je suis d’accord, et je suis également pour, tant qu’on fait cohabiter le masculin et le féminin sans altérer notre langue. Mais, l’écriture inclusive se veut vilaine, et elle implique, entre autres, l’aberration médiane “ ⋅ ” qui va détruire la langue française. Ça, je suis carrément contre. Et c’est l’avis d’absolument TOUTES les personnes avec lesquelles j’en ai discuté.

“75% des Français et Françaises favorables à l’écriture inclusive !” est donc, à mon avis, faux. Et ça n’a rien à faire en tête d’affiche.

Je ne pense pas que l’on obtienne les mêmes résultats si on change la question pour qu’elle prenne en compte le point milieu :

“[Bla bla du sondage classique]… Et pour finir, vos habitudes d’écriture, et de lecture silencieuse ou orale, vont être perturbées, puisque nous comptons ajouter un nouveau caractère : le point milieu. Il s’insérera dans les mots pour permettre d’écrire côte à côte le masculin et le féminin… Êtes-vous pour ?”

De toute façon, c’est un peu la même chose pour le manuel. À mes yeux, il regorge de jolies formulations qui ne mettent en avant que les bons côté de leurs idées. Je ne dis pas que tout est à jeter, mais ils omettent tous les questionnements quant aux problèmes et aberrations que certaines propositions contiennent. Il n’y a pas de contrepartie dans ce “Manuel”.

En fait, en y pensant… on pourrait avoir l’impression que cette laideur de point milieu a été créée juste pour faire le “buzz”. Ça serait pas trop étonnant, pour une agence de comm’, non ?

Pour conclure

L’évolution de mon avis

Au début, je me disais que…

S’il fallait choisir entre “l’écriture inclusive” toute entière en l’état, ou “rien du tout”, il va de soi que je préfèrerais “rien du tout”.

… Après, j’ai modulé mon opinion, en me disant “pourquoi pas”, …

Je pourrais être favorable à l’écriture inclusive, mais :

  • Sans point milieu. Le bon sens dirait d’abolir cette saleté avant qu’elle ne soit trop répandue et soit indissociable de l’écriture inclusive.
  • Sans revenir à la règle de proximité telle qu’elle existait, mais plutôt, seulement à ce qu’en dit l’Office québécois de la langue française.

… Et puis, plus j’ai avancé dans l’écriture de cet article, plus j’ai fait des petites recherches, et moins j’ai été favorable à l’écriture inclusive.

Tout ce qui veut modifier ou détruire l’unicité du français est à mon sens une mauvaise idée. L’énumération, elle, fait partie du français et permet simplement de rendre visible tout le monde quand on le souhaite.

L’écriture inclusive

Regorgeant de bonnes intentions, l’agence a malheureusement oublié de se poser des questions… et bercé leur enfant “Écriture inclusive” trop près du mur. Il en est né un défaut, une tache entêtante, un tic de langage dérangeant qui ajoute des points étranges au cœur des mots.
S’il y a quelques idées, la principale chose qui est retenue dans la plupart des articles que j’ai pu lire est l’aberration que représente le point milieu.

Il me semble que les responsables de l’écriture inclusive devraient se limiter à faire la promotion des termes épicènes et des féminins déjà existants. Ils devraient également s’excuser pour le point milieu, et encourager sa disparition chez ceux qui l’ont utilisé ou l’utilisent encore.
Il n’y a pas besoin de rajouter de caractère supplémentaire pour “rendre la langue non sexiste”.
Le combat n’est pas là.

Le sexisme est présent dans les salaires, dans les ménages, dans certaines cultures… mais il n’est pas, à mon sens, présent dans la langue. Les mots n’ont pas de sexe.
C’est l’usage qui peut être fait du langage qui fait apparaître du sexisme, et parfois même la perception que l’on peut en avoir. Et ceci ne va pas changer subitement si on modifie la langue, puisque tout est dans l’utilisation.
Dans la même idée, on ne va pas blâmer une voiture d’être en excès de vitesse, c’est le conducteur qui est à blâmer.
La langue n’est pas à blâmer, elle n’est qu’un outil.

Je ne pense pas qu’ajouter des clivages en créant différentes façons d’écrire permette une quelconque unification des sexes dans la langue. Et, de manière générale, je ne suis pas sûr qu’une ségrégation permette d’aller dans le bon sens, quelque soit le sujet.

La langue française est chargée d’histoire, et la façon de l’écrire en témoigne. Vouloir changer l’écriture de notre langue pour corriger des erreurs dans son histoire est une belle idée, mais vaine, car on ne peut pas effacer l’histoire.
J’ai l’impression que ceux qui cherchent à modifier le français ne font que s’attaquer à la forme pour un problème de fond.
C’est dans les mentalités que cette avancée doit être faite. Cette règle du “masculin qui l’emporte sur le féminin” est un rappel de comportements qui ont étés.

En travaillant pour faire évoluer les mentalités, et détruire la distinction actuelle dans la société entre les hommes et les femmes, cette règle de français deviendra purement anecdotique.

Quelques liens

Je laisse quelques liens. Il y en a pas mal qui méritent que l’on lise les commentaires ! Ça aide à dédramatiser quand on lit trop de trucs sérieux.

https://francais.rt.com/france/44992-horrifiee-par-ecriture-inclusive-academie-francaise-sonne-alarme

http://www.lepoint.fr/societe/ecriture-inclusive-on-caricature-le-debat-27-10-2017-2167914_23.php

https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Faut-generaliser-lecriture-inclusive-2017-10-04-1200881956

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/10/27/ecriture-inclusive-non-l-academie-francaise-ne-decide-pas-seule-du-bon-usage-de-la-langue_5206995_4355770.html

https://www.causeur.fr/ecriture-inclusive-orthographe-ecole-hatier-147170

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/02/11/31003-20140211ARTFIG00221-genre-et-sexe-la-langue-francaise-coupable-de-discrimination.php

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/parodie/article/l-inclusion-grammaticale-198683

7 réponses sur “L’écriture “inclusive””

  1. Le « Manuel d’écriture inclusive » présente des propositions pour une écriture reflétant l’égalité entre les hommes et les femmes.
    Il n’a pas vocation à réformer la langue française mais à proposer des conventions d’écriture.
    Libre à chacun d’utiliser ces conventions ou d’en appliquant d’autres. Les auteurs et autrices veulent susciter un dialogue autour de la question.

    Le point médian est un faux problème.
    Il me semble qu’il a été créé comme une alternative aux parenthèses utilisées pour les mots que l’on veut mettre à la fois au fémnin et au masculin.
    Par exemple : citoyen(ne), aimé(e), etc.
    Dans ce cas, la question de la prononciation ne se pose pas. Alors pourquoi se poserait-elle en remplaçant ces parenthèses par des points ?
    Il suffit de prononcer une ou toutes les variantes du mot : ami·e·s (ami), acteur·rice·s (acteurs et actrices / acteurs / actrices), etc.

    Aucune ponctuation existante n’est valorisante : les parenthèses, les tirets ou les points classiques sont négatifs (anecdotes, « moins », fin de phrase). Ils excluent le féminin de la phrase. Alors pourquoi ne pas en créer une nouvelle, sans sous-entendus négatifs, comme un point médian ?

    Les premières notions de féminin et masculin acquises sont directement liées aux hommes et aux femmes. Donc, inconsciemment, on continue toute sa vie à associer féminin avec femme et masculin avec homme.
    Le fait de mettre le féminin entre parenthèse et la règle du masculin qui l’emporte sur le féminin, quelques soient les circonstances, sont TRES VIOLENTES. Cela implique que le féminin (est indirectement les femmes) s’effacent ou sont mises en second plan par rapport au masculin (donc aux hommes). Et ces règles sont apprises dès le plus jeune âge et sont donc interiorisées par les petites filles et les petits garçons. Il est difficile d’un côté de proner une égalité filles/garçons et de l’autre expliquer que le masculin l’emporte toujours sur le féminin. Le message est brouillé…

    L’idée n’est pas de créer un genre neutre (quoique la Suède l’a déjà fait) mais de remettre les deux genres existants au même niveau sans que l’un ne l’emporte ou n’efface l’autre.
    Créer une langue moins sexiste pour que la société devienne moi sexiste. Utopique, certes, mais pourquoi pas.

    1. “Aucune ponctuation existante n’est valorisante”, oui, mais aucune ponctuation qu’on pourrait créer ne le sera non plus. Quand on crée une séparation entre les deux genres, on doit les écrire dans un ordre. Et rien que cet ordre peut être perçu de manière dévalorisante.

      “Acteur·rice·s”
      On ne dira plus que le masculin l’emporte, on pourra dire qu’il passe en premier. Quelle différence, au fond ?
      Certains voudront certainement écrire “Actrice⋅eur⋅s” en guise de protestation, et on se retrouvera de nouveau avec le même problème : deux écritures distinctes, une “masculiniste” et une “féministe”.
      À partir du moment où l’on doit écrire les deux genres, quelque soit la façon, les problèmes seront les mêmes.
      (J’hésite à rajouter ça directement dans l’article, du coup.)

      La langue française est une langue avec des genres. Créer un troisième genre, neutre, comme la Suède, pourquoi pas. Mais est-ce bien le problème ? J’avoue ne pas connaître assez la société suédoise pour pouvoir dire s’ils ont des écarts hommes/femmes dans leur société.
      Mais, j’ai pris en exemple l’anglais, qui ne laisse pas (ou très peu) de place aux genres. Pourtant, ces problèmes de société y sont quand même présents. La langue n’est pas le principal facteur du problème.

      C’est dans les consciences que cette avancée doit être faite.
      J’ajouterai que la seule chose “bien” qui découle de cette écriture inclusive, c’est les débats qu’elle crée, et peut-être les prises de conscience qu’elle va amener.

  2. Il me semble que, concernant l’ordre des mots (masculin · féminin), c’est simplement parce que, dans la plupart des cas, la forme au masculin est avant celle au féminin dans l’ordre alphabétique. Donc aucun sexisme là dedans.

    Quand je parle de sexisme de la langue, je parle de l’invisibilisation des femmes.
    Et particulièrement avec les règles actuelles : « en français, le masculin l’emporte toujours sur le féminin ».
    Celle-ci est comprise par les petites filles comme : en France les garçons gagnent toujours face aux filles.
    Cette règle est intégrée par des petites filles qui construisent leur identité et est assimilée par les femmes qu’elles deviennent par la suite.
    Le fait de changer cette règle ne sert pas à faire diminuer la misogynie, mais à rendre les filles plus confiantes en elles-mêmes. Ce qui est aujourd’hui un vrai problème de société.

    Alors oui, cette écriture inclusive ne servira à rien pour toi, pour moi, pour nos parents ou grands-parents. Mais peut-être que cela aidera nos filles à avoir confiance en elles, à ne pas se sous-estimer ou se dévaloriser, et à croire qu’elles sont aussi capables (voire plus) que n’importe quel garçon.

    Le sexisme est une institution construite sur plusieurs millénaires, il n’y a pas un seul facteur mais une multitude. Chercher « le principal » (si tant est qu’il existe) fait reculer le moment d’agir. Il faut agir maintenant sur tous les facteurs pour provoquer une prise de conscience et un réél changement. Et grapiller, centimètre par centimètre, un bout d’égalité.

    1. Je n’ai pas dit qu’il y avait un sexisme dans l’ordre alphabétique… J’ai souligné le fait que si on ne dit plus que le masculin l’emporte, on pourra dire qu’il passe avant. Rien que cet ordre pourrait être perçu de manière dévalorisante, tout comme « le masculin l’emporte au pluriel » l’est déjà aujourd’hui.

      Je t’invite à relire l’article, puisque j’ai l’impression d’avoir déjà en grande partie tout dit. Surtout à partir de “Les genres, ne pas confondre avec les sexes”.

      « Si je dis “Une chaise et un fauteuil sont posés dans le salon”, est-ce que je suis sexiste parce que je n’écris pas à la mode inclusive “sont posé⋅e⋅s” ?
      […]
      Les accords ne sont pas remportés par le genre masculin sur le genre féminin pour rendre invisible les femmes, mais pour que la langue soit moins compliquée.
      “Dans l’immense majorité des cas, le fait qu’un nom appartienne au genre féminin ou masculin n’a absolument rien à voir avec une référence au sexe.”
      […] Est-ce que ça signifie que si on utilise un féminin qui fait référence au sexe, on doit écrire inclusivement, et que si ça n’est pas le cas, on n’en a pas besoin ? »

      Le français va redoubler de complexité si on ajoute ces nouveaux écarts, qui ne seront utiles, au final, que dans les seuls cas où le genre des mots “inclut” une référence au sexe.
      Peut-être faut-il juste mieux expliquer dès le plus jeune âge, qu’il n’y a pas d’amalgame à faire entre la règle d’accord et les différences de sexes.
      Et peut-être faut-il réécrire cette règle pour que l’énoncé ne dise plus que le “masculin l’emporte”.

      Concernant les prises de conscience, je ne m’en fais pas trop.
      Il y a déjà pas mal de bousculades de conscience actuellement, avec les différentes affaires de harcèlements qui pointent leur nez un peu partout.
      L’écriture inclusive n’apporte, à mon sens, pas de réelle solution aux problèmes de société, mais plutôt des propositions farfelues. Par contre, elle a pour bon côté de faire réagir et faire parler.
      Ça ne sert à rien, quand on nous demande de passer de l’autre côté, de foncer dans un mur sous prétexte qu’il faut y aller. Et certainement, trouverons nous des portes qui ne sont pas bien loin.

      1. J’essaie de te parler du ressenti des filles et des femmes, de construction de l’identité et d’estime de soi.
        Quand on a 6 ans féminin = femme/fille. Ce n’est pas rationnel. C’est juste comme ça.
        Que tu le veuille ou non, que tu l’accepte ou non, que ça te plaise ou non, C’EST COMME CA.
        Le genre ne renvoie pas toujours au sexe mais le sexe renvoie toujours au genre. Et savoir que ton genre est minoritaire c’est blessant et dévalorisant pour une fille/femme.

        Je cite le Manuel d’écriture inclusive:
        « D’ailleurs, l’usage du masculin n’est pas perçu de manière neutre en dépit du fait que ce soit son intention apparente, car il active moins de représentations de femmes auprès des personnes interpellées qu’un générique épicène. C’est un usage tellement courant que nous l’avons largement intériorisé. Cette problématique pourrait être mise en parallèle avec l’histoire du suffrage universel : le masculin n’est pas plus neutre que le suffrage n’a été universel en France jusqu’en 1944. »

        L’ordre des mots on s’en fout. Le problème c’est que souvent le féminin n’est pas présent ou mis entre parenthèse, comme s’il était accessoire : on parle d’abord à ses messieurs et éventuellement à vous mesdames.
        La proposition qui est faite est surtout là pour qu’on VOIT le féminin.
        Ne fait pas dire aux fémininstes ce qu’elles ne disent pas : en l’occurence que le féminin doit passer avant le masculin ! Elles n’ont jamais dit ça ! Elles ne prônent pas la supériorité des femmes mais l’égalité !
        Le Manuel propose d’énumérer les termes au féminin ET au masculin, d’utiliser des termes non genrés OU BIEN d’inventer une nouvelle convention d’écriture.
        C’EST TOUT !
        L’accord de proximité n’est même pas cité dans le texte dont tu parles.
        Et quand bien même il le serait, l’accord de proximité en genre est plus logique que « le masculin l’emporte ». Mais, encore une fois, il n’en est pas question ici.

        Te ne vois pas le problème de l’invisibilisation des femmes (et du féminin) dans la langue française parce que tu n’es pas concerné.
        Tu parles des affaires de harcèlement sexuel mais tu oublies la leçon à retenir : écouter les femmes qui le subisse et ne pas dénigrer leur parole.
        Si une femme te dis que l’invisibilisation du féminin au sein même de sa propre langue est dévalorisant pour elle, écoute-la.

        « Ca va, c’est juste une main aux fesses. » = « Ca va, c’est juste une règle de grammaire. »

        Si tu comptes répondre que les deux ne sont pas aussi grave l’une que l’autre. Poses-toi la question : Qu’est-ce qui est plus grave, considérer les femmes comme des objets ou ne pas les considérer du tout ?

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